7 months ago

L'ACCORD DE L'OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE DU 11 NOVEMBRE 2018: UN ATOUT POUR LE PROCESSUS DÉMOCRATIQUE?

L'ACCORD DE L'OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE DU 11 NOVEMBRE 2018: UN ATOUT POUR LE PROCESSUS DÉMOCRATIQUE?}

A peine que l’encre ait eu le temps de sécher, que l’accord  du 11 novembre 2018, signé à Genève par les 7 principaux chefs des partis d’opposition en République Démocratique du Congo, est dénoncé par deux des  cinq signataires qui ont finalement retiré leurs signatures.

Félix Tshisékédi de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et Vital Kamerhé de l’Union pour la Nation (UNC) contestent cet accord, parrainé par la Fondation Koffi Annan, qui désigne Martin Fayulu, Président du parti de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECIDE), candidat unique de l’opposition pour l’élection présidentielle du 23 décembre 2018 en République Démocratique du Congo.

Les deux opposants justifient leurs  retraits de cet accord par le mécontentement et la désapprobation de leurs bases politiques respectives. Pourtant, la désignation d’un candidat unique de l’opposition était un vœu populaire partagé par les militants de ces partis farouchement opposés au maintien de Joseph Kabila au pouvoir.

C’est pourquoi la décision commune de Messieurs Tshisékédi et Kamerhé énonce de sombres perspectives politiques pour la RDC fracturée par les oppositions géo-ethnique et idéologique.

L’ADHESION FEDERATRICE ESCAMOTEE

Une fois de plus le facteur géo-ethnique l’emporte sur la raison et le bon sens. En effet, les 7 signataires des accords de Genève représentent les grandes communautés nationales en RDC. L’enjeu de cet accord consistait à susciter l’adhésion de ces différentes communautés autour d’un objectif  politique national à travers un chef fédérateur. Le choix de Martin Fayulu est historique car originaire du Kongo Central, cette province, à travers ces leaders comme Joseph Kasa Vubu et Ne Muanda Nsemi, prônent  l’instauration du fédéralisme depuis 1960.

Sans oublier de citer la Province du Katanga d’où est originaire Moïse Katumbi Chapwe,  laquelle encore continue d’attiser les velléités autonomistes, voire sécessionnistes. L’alignement tardif des unitaristes centralisateurs  Jean Pierre Bemba Gombo et Adolph Muzito, respectivement originaires de l’Equateur et du Bandundu, est un changement dicté par la Realpolitik et surtout par le souci de préserver leur influence devant une opinion très hostile  à l’exercice autocratique du pouvoir par le Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD), fourmilières de plusieurs groupes d’expression swahili implantés à l’est de la RDC.

Ainsi, le revirement lamentable de Félix Tshisékédi et de Vital Kamerhé confirme l’évidente collusion entre ces deux acteurs politiques et la majorité au pouvoir. C’est pourquoi leur participation individuelle au scrutin de décembre prochain viserait à émietter les voix de l’électorat de l’opposition.

Néanmoins, une incertitude demeure. Il n’est pas certain que l’électorat de l’UDPS suive Félix Tshisékédi à cause de l’insécurité au Kassaï et des massacres commis sur les populations civiles par la Milice Kamwina Nsapu instrumentalisée par le pouvoir central à Kinshasa. Il est donc à craindre que la communauté Luba qui vote majoritairement UDPS s’abstienne ou sanctionne simplement son candidat pour sa collaboration avec le pouvoir.

En outre, le même scénario est redouté pour Vital Kamerhé. En effet, très impopulaire dans les Provinces situées à l’ouest de la RDC, il devrait se disputer les voix à l’est avec le candidat désigné de la majorité présidentielle Ramazani Shadari, lequel est également originaire de l’est dans la Province du Maniema.

Au vu de cette situation le candidat issu des accords de Genève semble être conforté car bénéficiant d’un climat de paix à l’ouest et de l’appui solide des cinq grands chefs de Partis ayant un ancrage parlementaire.

REGROUPEMENT IDEOLOGIQUE

La défection de Félix Tshisékédi et de Vital Kamerhé circonscrit de nouveau la classe politique en deux regroupement géo-idéologiques semblables en 1960, à l’accession de la République Démocratique du Congo à l’indépendance.Le regroupement des unitaristes centralisateurs de Gauche ancré à l’est swahilophone et le regroupement des libéraux fédéralistes de l’ouest  Kongophone et Lingalophone. D’ailleurs, l’UDPS et le PPRD sont respectivement membres et observateurs à l’Internationale Socialiste. Vital Kamerhé est un dissident du PPRD et l’UNC est parti de Gauche.

LES DIVIDENDES POLITIQUES DU RWANDA EN RDC

Le déroulement d’un scrutin présidentiel transparent et crédible n’arrange d’ailleurs pas les 9 Etats voisins de la République Démocratique du Congo, lesquels, à l’exception de l’Angola et de la République Centrafricaine sous mandat des Nations Unies, ne connaissent pas d’alternance démocratique.

Paul Kagamé qui tire déjà les dividendes économiques du pillage des ressources minières de la RDC qui transitent par son pays, demeurera le grand vainqueur du sort politique de ce pays. Il espère, dans la persistance du chao ou du changement qui entrainerait une évolution institutionnelle inéluctable, rattacher militairement ou par voie référendaire manipuler les Provinces du Kivu et de l’Iturie dans le giron du Rwanda dont Paul Kagamé veut faire le moteur de la Fédération des Etats Est Africains.

L’EQUIVOCITE INTERNATIONALE

Ces élections seront certainement les dernières d’une République Démocratique du Congo unie dans ces frontières du 30 juin 1960. De toute évidence, le sort sur  l’intégrité territoriale de ce géant a déjà été scellé. En effet, la politique Américaine en Afrique centrale consisterait à satisfaire les revendications des peuples locaux pour empêcher  l’enracinement chinois et décourager la pénétration subreptice de Moscou. Et nonobstant quelques errements, le comportement politique du président Joseph Kabila revêt de forts accents des tacticiens atlantistes qui verraient bien cette sous régions recomposée.

Par MIENANDI ELTON, Juriste-Chercheur

 


<- Back to Articles